Dans ce domaine dit « masculin », les lignes bougent : selon le rapport 2024 de l’Observatoire prospectif des métiers et des qualifications dans les transports et la logistique (OPTL), les femmes représentent aujourd’hui 19 % des effectifs en France, contre 14 % en 2005, occupant davantage les fonctions de gestion ou d’administration que les métiers de la conduite (11 %) ou de la maintenance (6 %). Des métiers que les employeurs du secteur du transport et de la logistique souhaitent faire connaître aux femmes grâce à de nombreuses initiatives.
Concilier vie personnelle et vie professionnelle
« Aujourd’hui, on peut être conducteur routier et débuter sa journée tôt le matin pour la terminer à 15 heures, en choisissant le transport de distribution par exemple, qui permet de concilier plus facilement vies personnelle et professionnelle », souligne Gaëlle Provensal-Raoux, DRH de XPO Logistics, dans une tribune de Vox Log. Les progrès techniques (direction assistée, cabines ergonomiques, automatisation) balayent l’idée qu’il faut être « costaud » pour exercer certains métiers.
L’automatisation, comme la cobotique et même les exosquelettes, allègent désormais la pénibilité des tâches. Conductrice poids lourds, technicienne de maintenance, planificatrice de production, responsable transports ou encore directrice logistique : la supply chain offre un éventail de carrières encore méconnues des femmes.
« J’encadre aujourd’hui 80 collaborateurs »
Agente d’exploitation au centre logistique de Brétigny-sur-Orge (premier site Amazon en France équipé de la technologie robotique), Rabia Boumengar, 41 ans, fait partie de celles qui ont choisi d’évoluer dans cette voie. « J’ai commencé dans le stockage des produits à leur arrivée », raconte-t-elle à France Travail. « (..) Maintenant, je suis coordinatrice d’équipe. Je gère la charge de travail de 80 collaborateurs et m'assure qu'ils travaillent en toute sécurité. » Pour elle, les technologies robotiques intégrées sur la plateforme Amazon sont un soutien quotidien : « Je trouve que cela allège la pénibilité de certaines de nos tâches et permet de limiter nos déplacements en centre. C’est exactement conçu comme tel, et non pas pour remplacer les hommes. »
Karine : « On a toujours besoin de caristes ! »
Karine, cariste sur une grande plateforme logistique en Centre-Val-de-Loire, ne reviendrait sur sa reconversion pour rien au monde. « Aujourd’hui, ça roule pour moi », dit en souriant la jeune femme qui, désormais, travaille à trente minutes de son domicile.
À 34 ans, Karine ne se reconnaît plus dans son métier d’hôtesse de caisse, qu’elle exerce depuis dix ans dans la grande distribution. « J’avais envie de bouger, de me réinventer, mais je ne pouvais pas me permettre d’envisager une longue formation. » Guidée par sa conseillère France Travail, avec qui elle explore différentes pistes, la jeune femme décide de se lancer dans le métier de cariste, dont les besoins sont nombreux dans la région.
Un levier de performance
Plus qu’une réponse à la pénurie de main-d’œuvre, la féminisation du secteur est un levier de performance, favorisant la collaboration, l’innovation et la satisfaction des équipes. « Promouvoir la représentativité femmes-hommes, c’est aussi être en phase avec la société », confirme la DRH de XPO Logistics.
Pour accélérer la dynamique, les acteurs du secteur multiplient les initiatives. L’AFT, qui œuvre pour le développement des métiers et de la formation dans le secteur, a par exemple lancé le programme Itinéraire égalité pour valoriser les métiers auprès des femmes et proposer des actions de sensibilisation en milieu scolaire.
Parmi d’autres illustrations, France Supply Chain met en avant des « Femmes inspirantes » via des webinaires. Certaines entreprises revoient également leurs pratiques : vestiaires et équipements adaptés, campagnes de communication montrant des rôles modèles féminins…
Chez Stef, leader européen des services de logistique et de transport sous température contrôlée, l’objectif est d’atteindre 25 % de femmes au sein des effectifs à l’horizon 2030. « C’est l’ambition que nous nous sommes fixés avec le programme MIX’UP pour faire face aux préjugés de genre », explique le groupe, qui revendique un taux de féminisation de 21,99 % en 2024, au-delà de la moyenne nationale.
La féminisation du secteur est en marche, reste à l’accélérer. Et pourquoi pas avec vous ?