« Je suis cyber-enquêteur » : le nouveau visage de la gendarmerie

min de lecture

Enquêteur en technologies numériques, JB intervient sur des dossiers sensibles : pédocriminalité, dark web (partie cachée d’internet, accessible avec des outils spéciaux), cybercriminalité organisée. À 27 ans, il incarne une nouvelle génération de gendarmes, experts du cyber, formés en interne et projetés sur le terrain. Rencontre. 

D’un bac ES à la cybercriminalité : un parcours inattendu

Rien ne destinait JB à la gendarmerie. Titulaire d’un bac ES, il s’oriente d’abord vers une classe préparatoire économique avant de bifurquer. « J’étais réserviste pendant le week-end. Le terrain m’a vite rattrapé. J’ai compris que je voulais aider les gens, agir concrètement. » Il abandonne sa prépa et entre à l’école de gendarmerie. Affecté en brigade territoriale, il découvre que ses deux passions, l’engagement et l’informatique, peuvent se rejoindre. Autodidacte depuis l’enfance, passionné d’électronique et de systèmes, il suit la formation interne d'enquêteur en technologies numériques de la gendarmerie, jusqu’à obtenir une licence professionnelle en partenariat avec l'Université de technologie de Troyes. « J’ai commencé avec un bac général, aujourd’hui je suis professionnel du cyber. Tout ça, je le dois à la gendarmerie. » 

Une unité d’élite, au plus près de la donnée

JB appartient à la Section nationale d’appui et d’intervention cyber (SNAIC), qui dépend de l’Unité nationale cyber (UNC) basée à Pontoise, dans le Val-d’Oise. Cette unité de la gendarmerie est spécialisée dans la lutte contre la cybercriminalité dans les enquêtes « du haut du spectre » (les plus complexes et sensibles), souvent liées à la criminalité organisée. Véritable force de projection disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, la SNAIC intervient à la demande des sections de recherche ou des offices centraux pour apporter un appui technique et humain lors des perquisitions, partout sur le territoire métropolitain et en outre-mer. 

« À 6 heures du matin, on est souvent sur place pour perquisitionner.
On récupère tout ce qui contient de la donnée : téléphones, ordinateurs, disques durs, serveurs, objets connectés...
 », JB. 

Téléphones, ordinateurs, serveurs, NAS (dispositif de stockage en réseau), objets connectés ou disques durs cachés dans les murs : tout est passé au crible. L’enjeu est double : fournir rapidement des éléments de preuve à la justice, dans les délais d’une garde à vue, et protéger les victimes, notamment dans les affaires de pédocriminalité ou de cyberharcèlement. L’unité intervient parfois sur plusieurs téraoctets de données en quelques heures, pour permettre au magistrat de décider ou non d’une détention provisoire. 

JB se remémore un dossier marquant, qui semblait mal engagé : « Dans une affaire sur le dark web, on arrive sur place, les mis en cause nous accueillent presque avec le sourire. Ils étaient sûrs d’eux : tout avait été effacé, nettoyé, formaté. Dix premières heures de fouilles, et rien. Pas un fichier, pas un indice, pas une trace exploitable. On s’est regardés… on s’est dit que ce n’était pas possible. Alors on a encore creusé, encore. Parce qu’on sait que dans le numérique, rien n’est jamais vraiment supprimé. » 

Après des heures à chercher, à croiser les données, à examiner les moindres artefacts laissés sur les machines, JB et son équipe finissent par remonter les accès, identifier les portefeuilles de cryptomonnaies, prouver les connexions d’administrateur à une plateforme du dark web. « On a pu démontrer que les deux mis en cause étaient non seulement utilisateurs, mais aussi organisateurs. En fin de garde à vue, ils sont repartis… mais en détention. » 

Cette diversité se retrouve aussi dans les passerelles internes de la gendarmerie. Il est désormais possible de débuter dans le judiciaire, puis d’évoluer vers des fonctions plus techniques ou plus administratives, en lien avec l’IT ou les infrastructures numériques de la gendarmerie. Alors que les menaces sont de plus en plus hybrides, la gendarmerie s’adapte et recrute. Car aujourd’hui, tout peut laisser une trace numérique : badge d’accès, montre connectée, téléphone, voire un pacemaker. « Même le vol le plus banal peut devenir une affaire cyber : la donnée est partout », étaye JB. 

Un métier qui recrute, une vocation qui s’affirme 

Avec 400 enquêteurs numériques aujourd’hui et un objectif affiché de 1 200 d’ici trois ans, la gendarmerie recrute. Et ce, sous plusieurs formes : sous-officier (niveau bac), officier (bac+5), officier commissionné (profil expert), ou réserviste cyber — un bon moyen de tester le métier à la journée, sans engagement long terme. 

JB insiste : inutile d’avoir fait Polytechnique. « Ce qu’il faut, c’est de la rigueur, de l’endurance, une envie d’apprendre permanente. Le numérique évolue sans cesse. Il faut aimer chercher, se remettre en question, et ne pas avoir peur d’échouer. » 

Le métier offre aussi une stabilité rare. Le gendarme reste avant tout un militaire. Salaire attractif dès le début, formations internes, logement de fonction : les conditions sont pensées pour fidéliser.

Mais c’est surtout l’engagement qui motive JB. « Je fais ce que j’aime, l’informatique, dans un métier qui a du sens. Je mets mes compétences au service des autres. Je n’ai pas l’impression de travailler, mais de servir. Et ça, ça n’a pas de prix. »