Dans le bassin de Tours, comme dans la France entière, les techniciens de maintenance sont une espèce en voie de disparition. Électronique, mécanique, hydraulique, au fil de la désindustrialisation du pays, la main-d’œuvre et les savoir-faire techniques se réduisent comme peau de chagrin. Pour les entreprises du secteur, c’est une catastrophe. « C’est un métier délaissé depuis des décennies… Il n’y a plus de formation, et pour trouver quelqu’un qui souhaite s’investir c’est très compliqué » regrette Raynald Achart, gérant de l’entreprise de maintenance industrielle Electro Clinic. Face à cette pénurie, les centres de formation de l’AFPA et du GRETA ont décidé de lancer une action en partenariat avec France Travail et 9 entreprises du territoire. L’objectif ? Trouver et former 12 futurs Techniciens de maintenance industriels pour intégrer un poste pérenne au sein de chacune d’elles. Au programme, 4 mois de formation pour acquérir les bases techniques du métier et une alternance de 12 mois au sein de l’entreprise concernée.
Susciter l'intérêt pour l’industrie
Premier défi : assurer un nombre suffisant de candidats potentiels. « S’il n’y avait pas au moins 100 personnes intéressées, c’était impossible d’atteindre les 12 postes. Il fallait donc chercher au-delà du secteur industriel » explique Frédéric Lebleu, conseiller entreprise à l’agence de Saint-Cyr-sur-Loire. Pendant 3 mois, le conseiller organise une intense campagne d’information pour toucher un large public : sites internet, mailing, réseaux sociaux, affichage local, reportage dans les médias locaux, etc. Au total, 5 ateliers "industrie", 9 visites d’entreprises et une journée portes ouvertes sont proposés. Des initiatives ayant pour but d’inviter un maximum de personnes à découvrir le secteur industriel local, ses métiers et le programme de formation à venir.
Cette campagne de sensibilisation marathon s’est achevée sur une grande réunion d’information collective réunissant 74 candidats. Durant cette demi-journée, les participants se sont vus présenter les modalités de sélection et de formation du programme. Les entreprises participantes étaient également présentes pour faire connaître leur activité et les postes de techniciens de maintenance recherchés. « C’était important que chacune puisse présenter sa spécificité car c’est un métier méconnu, très divers, qui recouvre une multiplicité de savoirs et de pratiques » précise Frédéric.
Cibler les candidats les plus adaptés
Le lendemain, la réunion s’est poursuivie par une série de tests MRS (Méthode de Recrutement par Simulation), un dispositif France Travail qui aide à identifier des profils en adéquation avec l’activité d’une entreprise. Il consiste à évaluer des personnes qui n'ont pas de lien avec le métier ou le secteur défini (pas de diplôme, ni d’expérience) mais pour lesquels elles font preuve d’une appétence et de capacités réelles. 24 candidats ont été sélectionnés à l’issue de ces tests, avant d’être conviés à un job dating afin d’échanger avec les 9 entreprises du programme. Puis, il a été demandé aux deux partis d’établir un classement de 1 à 5 selon les affinités et les futurs apprentis ont été attribués aux entreprises en fonction des vœux respectifs. « Pour les candidats, le fait d’être lié à une entreprise bien identifiée en amont de la formation au métier, ça rend les choses concrètes ! ».
Une opération collective au plus près des entreprises
Les formations ont démarré dans les jours qui ont suivi avec des contenus élaborés en fonction des besoins propres aux entreprises. « On avait fait remonter des fiches de poste avec le détail des compétences que l’on souhaitait voir acquérir » explique Raynald Achart. Son candidat a démarré l’alternance chez Electro Clinic en février dernier : « Pour le moment, je suis satisfait. Même s’il y a encore beaucoup à apprendre, mon apprenti est ressorti avec un bon niveau de la première étape de formation. J’espère que cela tiendra dans la durée. »
C’est d’ailleurs le point fort du projet : impliquer les entreprises tout du long du processus avec l’ensemble des parties prenantes. Le programme a d’ailleurs fait naître un réseau d’acteurs soudés, des coopérations se sont développées à tous les niveaux, et d’autres projets ont même émergé en dehors du dispositif. « Tout un écosystème s’est mis en place pour coopérer dès le début. Un travail collectif de cette envergure, c’est rare ! Même la Ministre du Travail s’est intéressée à l’initiative » se réjouit Frédéric. Résultat ? Un début de bilan prometteur. Et une seconde édition est en phase de préparation.